La demande pour du contenu de médias sociaux agile, rapide et authentique accélère une tendance majeure en marketing: le virage vers les studios de contenu internes. Bien que la promesse d’avoir un contrôle accru, une plus grande rapidité et d’un meilleur alignement avec la marque puisse sembler séduisante, de nombreux dirigeants et gestionnaires découvrent que le chemin vers une équipe interne performante est semé d’embûches inattendues et d’erreurs coûteuses.

Le problème fondamental est que la décision est souvent présentée comme un simple choix binaire: interne ou agence.

La réalité est bien plus nuancée.

Mettre en place une opération de contenu réussie exige une approche stratégique qui va au-delà d’un simple organigramme, ça nécessite une compréhension claire de vos besoins d’affaires, une vision réaliste du marché des talents et une volonté d’adopter un modèle hybride et flexible.

Nous proposons ici un cadre stratégique pour les leaders qui envisagent cette transition. S’appuyant sur des décennies d’expérience en agence et en entreprise, il déconstruit les pièges courants et présente quatre modèles opérationnels distincts pour vous aider à trouver celui qui convient le mieux à votre organisation.

Nous avons accompagné de nombreuses organisations et leaders marketing à naviguer dans cette réalité et suite à une conversation entre Isabelle Rousseau (notre directrice de studio et productrice exécutive) et Alexandre Gravel (notre président), nous vous proposons ce condensé sur la manière d’aborder la création ou le scaling de votre équipe interne.

La question centrale: cherchez-vous à résoudre l’idéation ou l’exécution?

Avant toute décision, les leaders doivent répondre à une question fondamentale: quel problème essayez-vous de résoudre? Le travail d’une équipe de contenu peut être divisé en deux niveaux distincts:

  1. La création/idéation: C’est le fondement stratégique de votre contenu. Il comprend la stratégie de marque, la conceptualisation des campagnes, la planification du contenu et l’analyse des performances. Ce niveau touche le quoi et le pourquoi.
  2. L’exécution: C’est la production tactique du contenu. Il englobe le design graphique, le tournage et le montage vidéo, la rédaction et la gestion des médias sociaux. Ce niveau touche le comment.

L’incapacité d’une marque à distinguer ces deux niveaux est la principale raison pour laquelle les studios internes échouent.

Comprendre quel niveau représente votre plus grand besoin est la première étape essentielle pour structurer votre équipe vers le succès.

Quatre modèles pour structurer vos opérations de contenu

En fonction de l’interaction entre la stratégie et l’exécution, il existe quatre modèles principaux pour structurer votre équipe de contenu.

1. Le modèle type architecte (stratégie interne / exécution externe)

  • Comment ça fonctionne: Votre équipe interne est composée de stratèges de marque et de contenu seniors qui maîtrisent le «pourquoi». Ils définissent la vision, créent les briefs et gèrent la marque. Le «comment» — la production réelle des actifs — est confié à un réseau d’agences, de pigistes et de partenaires de production de confiance.
  • Idéal pour: Les organisations qui souhaitent conserver un contrôle étroit sur leur storytelling et leur stratégie de marque, mais qui ont besoin d’un volume élevé ou d’une variété spécialisée de contenu qu’il serait peu pratique de produire à l’interne.

2. Le modèle type constructeur (stratégie externe / exécution interne)

  • Comment ça fonctionne: Votre équipe interne est composée de créateurs et de producteurs talentueux — vidéastes, designers et rédacteurs. La direction stratégique, les concepts de campagne et le plan de contenu global sont développés en partenariat avec une agence externe qui fournit le «pourquoi».
  • Idéal pour: Les entreprises disposant d’une solide équipe de créateurs internes qui ont besoin de renforcer leurs capacités avec des conseils stratégiques de haut niveau, des perspectives de marché et une direction créative.

3. Le modèle souverain (entièrement internalisé)

  • Comment ça fonctionne: Votre organisation a investi dans la création d’un studio de contenu complet et de bout en bout, avec des stratèges seniors et une gamme complète de talents de production internes. Cette équipe s’occupe de tout, de l’idéation à l’exécution.
  • Idéal pour: Les grandes organisations matures disposant du budget et de la complexité opérationnelle nécessaires pour attirer et retenir une gamme diversifiée de talents créatifs et stratégiques de premier plan.

4. Le modèle partenaire (entièrement externalisé)

  • Comment ça fonctionne: Le modèle d’agence traditionnel. Votre marque confie à la fois la planification stratégique et l’exécution créative à un partenaire externe dévoué qui agit comme votre département de contenu à service complet.
  • Idéal pour: Les entreprises qui ont besoin d’agir rapidement avec l’aide d’experts ou celles qui pénètrent un nouveau marché et n’ont pas l’expertise interne pour élaborer une stratégie et constituer une équipe à partir de zéro.

Drapeaux rouges: les pièges courants de l’internalisation

Internaliser une équipe ne consiste pas seulement à embaucher, il s’agit de bâtir une culture créative durable. D’après notre expérience à aider les marques à naviguer cette transition, voici les signaux d’alarme les plus courants qui peuvent compromettre le succès de votre studio.

L’embauche de la «licorne»

Dans le but de maîtriser les coûts, de nombreuses entreprises tentent d’abord d’embaucher une «licorne» — une seule personne censée être à la fois un vidéaste, un designer, un rédacteur et un stratège de génie.

Ça fonctionne rarement.

Comme l’a mentionné Isabelle Rousseau, productrice exécutive et directrice de studio chez Toast, dans la conversation: «Pour une réduction de coûts, les entreprises vont souvent engager une “licorne”, donc un vidéaste qui est aussi designer, rédacteur, monteur, réalisateur, motion designer, producteur… Cette personne peut rapidement se sentir dévalorisée alors qu’elle excellait dans un rôle plus spécialisé.»

Cette approche mène souvent à l’épuisement professionnel et à un travail de qualité inférieure.

Démotiver vos meilleurs talents

Il est crucial de confier à votre équipe interne un travail significatif et créativement stimulant. Si les campagnes les plus excitantes et les projets de grande envergure sont systématiquement externalisés, vos meilleurs talents se sentiront sous-évalués.

«Si tous tes projets le fun, tes belles campagnes, vont chez des partenaires externes, puis que l’équipe interne se ramasse avec les trucs un peu plus… ordinaires ou quotidiens,» prévient Isabelle Rousseau, «tes meilleurs talents internes, il y a des chances qu’ils te disent: “Hey, ciao, moi, je m’en vais à l’externe.”»

Le piège des talents juniors

Embaucher des créateurs juniors sans leur offrir le mentorat de seniors est une recette pour l’échec. Le budget est souvent un facteur déterminant dans cette situation, mais un studio interne a besoin d’un leadership expérimenté pour guider le développement créatif, gérer les attentes et encourager la croissance.

Isabelle souligne le risque: «Il y a cette zone tampon d’essai-erreur qui doit être prise en compte dans la gestion des attentes. Tu as investi beaucoup d’argent [dans le studio], mais tu as des ressources plus juniors, mais tu t’attends à la même qualité de produit que si tu avais engagé des seniors à l’externe.»

Oublier les champions de votre marque

Le plus grand avantage d’une équipe interne est sa connaissance profonde et instinctive de la marque. Ses membres sont vos défenseurs les plus passionnés.

Comme le dit Isabelle: «Si tu as des graphistes qui, jour après jour, travaillent sur ta marque, ils le connaissent, ton “brand book”, la police, l’application… Ce sont des champions guerriers de ta marque. Le V1 va être beaucoup plus près de la vérité versus un partenaire externe.»

Sous-estimer cette contribution unique est une erreur stratégique monumentale.

L’éléphant dans le studio: et l’espace physique?

Pour les marques qui envisagent la production vidéo et audio, l’attrait d’un studio physique est fort. Cependant, la réalité est bien plus complexe que le simple achat d’une caméra et de quelques lumières. Les dirigeants doivent prendre en compte l’ensemble du flux de travail et de l’infrastructure technique nécessaires pour soutenir une opération professionnelle. Avant d’investir dans un espace, posez-vous ces questions:

  • Avons-nous un serveur assez puissant pour héberger des téraoctets de séquences vidéo brutes?
  • Avons-nous un processus d’archivage clair et fiable pour gérer et retrouver les actifs?
  • Disposons-nous de postes de montage dotés de la puissance de traitement requise pour la vidéo 4K et le motion design?
  • Avons-nous cartographié l’ensemble du flux de travail, de la préproduction à la livraison finale?

Mais surtout:

  • Avons-nous des personnes à l’interne (actuellement ou que nous devrons embaucher) qui auront la capacité, l’intérêt et la volonté de gérer ce studio et ses équipements? Que se passe-t-il si cette personne quitte l’entreprise?

Ne pas tenir compte de cette infrastructure cachée est l’une des erreurs les plus courantes et les plus coûteuses qu’une marque puisse commettre.

Nous avons vu de nombreuses organisations nous appeler après avoir réalisé les impacts de la gestion du studio, pour former des membres de l’équipe, ou même pour finir par nous demander de le gérer pour elles !

L’avantage hybride: une agence comme mentor

Pour la plupart des marques, la solution optimale n’est pas une internalisation complète, mais un modèle hybride stratégique. Dans cette approche tournée vers l’avenir, l’agence externe passe du statut de simple fournisseur à celui d’un véritable collaborateur et mentor.

Un partenaire externe peut agir comme un «grand frère» pour votre équipe interne, en fournissant:

  • Une supervision stratégique: Apporter une perspective extérieure pour remettre en question les idées préconçues et identifier de nouvelles opportunités.
  • Un coaching créatif: Encadrer votre équipe interne sur tous les sujets, des meilleures pratiques SEO aux techniques de production avancées.
  • Un soutien évolutif: Fournir une expertise spécialisée ou une capacité de production supplémentaire pendant les périodes de pointe, sans nécessiter une embauche à temps plein.

Cette relation de collaboration vous permet de bâtir une culture interne forte tout en bénéficiant de l’expérience diversifiée et de la perspective stratégique qu’un excellent partenaire d’agence peut offrir.

Votre première étape

La décision d’internaliser votre création de contenu est l’un des choix stratégiques les plus importants qu’un leader marketing puisse faire. C’est une décision qui exige une planification minutieuse, une auto-évaluation honnête et une compréhension claire du marché.

La meilleure première étape n’est pas de rédiger une description de poste ou d’acheter une caméra.

C’est de trouver un partenaire de confiance qui a déjà parcouru ce chemin et qui peut vous aider à poser les bonnes questions, à définir vos besoins et à construire un modèle réellement conçu pour le succès.

Transcription complète de la conversation sur les studios internes entre Isabelle Rousseau et Alexandre Gravel

Cliquez ici pour afficher la transcription complète

Alexandre Gravel
Alors bonjour et bienvenue à une autre séance de… On les appelle depuis très longtemps «Une Heure avec Toast», mais je me demande si on ne devrait pas les appeler «Presque Une Heure avec Toast», parce qu’au final, on réussit à faire quelque chose d’assez dense, puis ça dure habituellement peut-être des fois 45 minutes, des fois 50. Alors on est un peu dans cette formule-là, mais on appelle ça encore « Une heure avec Toast », et puis à chaque fois, on aborde un sujet ou une thématique qui est liée un peu à notre quotidien chez Espresso et Toast, et puis qui vient teinter un peu nos façons de faire en tant qu’agence, en tant que partenaire externe. Donc aujourd’hui, c’est vraiment avec un violent plaisir que je souhaite la bienvenue à Isabelle Rousseau, qui est directrice de studio et productrice exécutive chez nous. Salut Isabelle!

Isabelle Rousseau
Salut!

Alexandre Gravel
Alors, on jasait ensemble dans la cuisine derrière toi il y a pendant une quinzaine de minutes justement pour préparer ça. Donc Isabelle est avec Toast Espresso depuis quelques années maintenant, mais elle porte une très grande expérience dans tout ce qui est production, gestion d’équipe, gestion de studio justement. C’est le sujet d’aujourd’hui, gestion de studio. Et la raison pour laquelle ça vient de plus en plus sur le sujet, c’est vraiment le fait qu’on a remarqué depuis je dirais quoi, à peu près 5 ans, peut-être un petit peu plus, puis c’était même un peu avant la pandémie, il y avait déjà des marques qui avaient cette dynamique-là, mais on l’a remarqué de plus en plus, notamment avec les réseaux sociaux, et on va y revenir, mais des marques qui internalisent plusieurs expertises qui, traditionnellement, se trouvaient chez les agences.

Alexandre Gravel
Et donc, ce mouvement d’internalisation a donné lieu à la création de ce qu’on appelle aujourd’hui, et pour le bénéfice aussi de cette conversation-là, des studios internes. Puis donc, c’est ça qu’on veut un peu déballer, c’est ça qu’on veut discuter ensemble.

Alexandre Gravel
C’est le sujet qu’on a établi, Isabelle et moi, comme étant quelque chose qui était peut-être pertinent à aborder. Alors Isabelle, lançons-nous.

Alexandre Gravel
Tu m’as donné, on s’est donné six points qu’on veut aborder, je les ai ici sur ma petite feuille, puis on va les déballer un après l’autre. Mais le premier, la première question que je voulais te poser, c’est vraiment, selon toi, comment on pourrait définir la notion du studio interne chez une marque?

Isabelle Rousseau
C’est quand même assez vaste selon la marque et les besoins. Mais si, mettons, j’essaie de résumer un petit chapeau, moi je dirais que ce serait des ressources internes qui sont dédiées à la production de contenu. Après ça, production de contenu dans son sens très très large. Ça peut aller de l’équipe de ce qu’on appellerait linguistique, traduction, rédaction, révision. Ça pourrait être une équipe graphique aussi, avec tous les paliers, directeur de création, graphiste, infographe. Ça pourrait aussi tomber dans tout ce qui est le modèle de vidéo, donc des monteurs, des vidéastes, et tout ce qui est, mettons, l’équipe réseaux sociaux, donc directeur de création, tinker, de toute l’espèce de mapping prévu aux réseaux sociaux. Jusqu’à la personne qui met en ligne et qui écrit. C’est quand même assez vaste, ça touche pas mal toutes les sphères de production qu’on voit présentement au niveau du contenu.

Alexandre Gravel
Puis tu mentionnais un peu réseaux sociaux justement dans les services, je ne sais pas comment on pourrait appeler ça, les expertises ou les axes d’expertise internalisée. Les réseaux sociaux, c’est justement une des choses qu’on a vues il y a quelques années qui était de plus en plus internalisée parce que ça amenait, il y avait des besoins qui étaient durs à combler par un partenaire externe, par une agence.

Isabelle Rousseau
Exact. Puis parce que, tu sais, vidéos sociaux, moi je dis souvent réseaux sociaux, c’est souvent éphémère. Fait que ça a pas une durée de vie à long terme comme ça peut être une grosse production annuelle, mettons, qui va être ça gérée souvent ou qui était du moins gérée par une agence. Mais là, réseaux sociaux, faut que ça soit rapide, faut que ça soit pas cher, puis faut que ça soit agile. C’est là que le modèle de passer via une agence de création tient moins sa route ou tenait moins sa route. Puis je pense qu’il a accéléré toute la réflexion de OK, go, à partir de là, on emboîte le pas et on se crée un studio interne.

Alexandre Gravel
Oui, puis ça faisait du sens parce que, ultimement, quand on commence à décortiquer un peu ce sujet-là, puis cette approche-là de dire, un dirigeant, un chef marketing, une direction marketing jusqu’à CMO, de se poser la question de dire, est-ce que je devrais embaucher à l’interne ou est-ce que je devrais garder ça à travers des partenaires externes, il y a quand même des avantages et des désavantages de part et d’autre. Qu’est-ce que selon toi, ce que tu as pu voir au cours des années et de ton expérience, c’est quoi les avantages d’internaliser, du point de vue de la banque?

Isabelle Rousseau
Bien, c’est sûr que t’sais, outre les réseaux sociaux, comme on se disait, agilité, rapidité, coûts de main d’oeuvre aussi moindre que via passer dans une agence, moi ce que je vois aussi, l’avantage de faire un studio interne, c’est de contrôler ton image de marque. Fait que mettons, t’as un studio, il est brandé, Il est tout le temps disponible à la minute, techniquement, quand tu veux, et tu n’as pas à te soucier, parce que même au niveau de la balado maintenant, c’est tourné, donc tu n’as pas de souci à la décoration, ça a l’air simple, mais c’est tout le temps, ça reflète tout le temps ton image, et ça donne un genre de rendez-vous d’appel aussi avec tous tes auditeurs. Ça, c’est un grand avantage.

Isabelle Rousseau
L’avantage aussi, c’est que tu n’as pas à louer autant de l’équipement, de l’éclairage que le studio même, donc à long terme, c’est sûr qu’il y a un bénéfice au niveau des coûts. Et comme on disait, l’agilité et la rapidité d’exécution. C’est pas mal pour moi les trois volets qui sont des avantages, surtout quand tu te rends compte, on revient encore aux réseaux sociaux, que c’est une bête que tu dois nourrir. Un one-up, puis après ça, dans six mois, on en refait un autre. C’est quelque chose de très, très, très récurrent. Et c’est là que je te dirais, de se construire un studio devient sens. À partir de là, c’est à voir, est-ce que tu as d’autres besoins récurrents qui viendraient justement bonifier ton studio interne et dépasser juste l’équipe contenu réseau sociaux, si tu veux.

Alexandre Gravel
Oui, mais tu mentionnais justement au début de ta réponse, tu mentionnais la capacité en ayant des ressources à l’interne, en ayant justement cette agence-là à l’interne, parce que c’est un terme qu’on pourrait utiliser aussi, que certains utilisent aussi, créer l’agence interne, nous on l’appelle le studio, mais dans le cadre de la conversation, mais tu mentionnais cette idée de respect de la marque? Je pense qu’il y a beaucoup de gens d’agence qui écouteront ça et qui diront, mais oui, on est capable, nous, de respecter la marque d’une marque, même en étant à l’extérieur. Est-ce que ça revient encore là beaucoup? À l’aspect coût, l’aspect budgétaire là-dedans? Qu’est-ce que tu vois comme étant une capacité qu’une équipe interne a, la capacité à plus accentuer, meilleure qu’un partenaire externe? Qu’est-ce qui crée cette différence-là, selon toi?

Isabelle Rousseau
On dirait qu’il y a deux paliers. Tu as le palier réflexion, stratégie, création, mettons, premier niveau là, vraiment d’où est-ce que toute la strata puis l’idée de la production va se faire et tu as l’application ou l’exécution si tu veux. Puis moi quand je te parle d’une main d’oeuvre qui va vraiment connaître ta marque, je veux vraiment parler du niveau de l’exécution. Parce qu’au niveau de l’exécution, on pense à de la production imprimée. Fait que c’est sûr qu’il y a des graphistes qui travaillent jour après jour après jour sur ta marque, qui savent exactement ton brand book, la fonte, l’application, la façon de la décliner, c’est quoi les normes. Eux là, c’est des champions guerriers de ta marque.

Isabelle Rousseau
Fait que fort à parier que la V1 va être pas mal proche de la vérité versus d’aller dans un partenaire où il y a justement l’exécution, souvent c’est bon, ben ok, cette ressource-là est disponible, je te la donne.

Alexandre Gravel
T’es pas toujours la même personne.

Isabelle Rousseau
T’es pas toujours la même personne, elle travaille pas jour après jour, elle est pas non plus en contact jour après jour avec toutes les personnes qui ont le trauma. Fait que moi je pense qu’il y a quand même un gros bénéfice à ce niveau-là. Après ça, qu’est-ce qu’il y a, on peut en revenir, mais tu sais, peut-être stratégique de création, c’est sûr que les agences vont dire, ben oui, ça fait 10 ans aussi que je travaille avec ta marque, je la connais. Oui, dans sa façon de réfléchir, mais peut-être moins dans sa façon de l’exécuter au quotidien.

Alexandre Gravel
Puis ça m’amène aussi sur le sujet, tu parles un peu du layer de création versus le layer d’exécution, ou d’idéation versus exécution. Il y a aussi le fait que, immanquablement, d’être dans les bureaux, disons-le de cette façon-là, t’es un peu plus en contact avec là où l’organisation s’en va. Là où t’entends des choses qui ne sont pas toujours aussi qui méritent des fois du temps d’explication plus long que juste un briefing d’agence une fois par année ou une mise à jour sur telle ou telle nouvelle campagne ou autre. Il y a quelque chose d’être sur place qui est un avantage. Ça, t’as raison. Puis ça, je pense, t’as absolument raison sur le fait que Ça amène quelque chose, puis j’adore ton expression, la V1 va être pas mal plus proche de la vérité que potentiellement, puis c’est naturel, un partenaire externe.

Alexandre Gravel
Rien contre les partenaires externes, mais c’est une réalité que si elle est bien gérée, ça peut devenir un avantage. Ensuite de ça, maintenant, est-ce qu’il y a des avantages à internaliser?

Isabelle Rousseau
C’est sûr qu’il y en a. En fait, c’est là, je pense que c’est tout le temps l’espèce de j’avance, je recule ou je mets sur le park puis je regarde. Comme je disais, il faut que tu identifies tes besoins. Est-ce que c’est des besoins récurrents? Parce que le gros risque et le gros désavantage, c’est souvent tu vas dire OK, go, on se crée un studio, on achète l’équipement, on fait un setup.

Alexandre Gravel
Ça coûte beaucoup d’équipement.

Isabelle Rousseau
On y va là, all in. Sauf que fort à parier que tu vas, en tout cas, que une marque ne va pas nécessairement engager juste des seniors, elle va engager souvent des juniors parce que, force à constater que ça coûte moins cher, puis tu sais, il y a comme un gage aussi entre, bon, mais j’ai-tu assez de besoins pour nourrir mes employés qui maintenant sont sur le payroll. Exact. C’est là que le risque entre, j’ai investi beaucoup de sous, mais j’ai des ressources qui ne sont plus junior, mais je m’attends à la même qualité de produit que si j’avais engagé de l’externe, qui eux sont seniors, parce que j’ai dépensé beaucoup de sous. Cette espèce de zone tampon d’essai-erreur, est à tenir compte pour la gestion des expectations.

Alexandre Gravel
Oui, des attentes.

Isabelle Rousseau
Des attentes. Fait que là, on a un studio, on a identifié quelques ressources qu’on a engagées, bon ben, go on part. Sauf que c’est pas juste ça, parce que toute la… En fait, je vais parler de monde de la production, Ça demande quand même un rodage, ça demande de l’expérience et souvent des spécialistes dans chacun de leurs postes. Mais par ailleurs, encore là pour des réductions de coûts, que ça va plus engager une licorne, un vidéaste qui va être autant concepteur, qui va pouvoir tourner.

Alexandre Gravel
Rédacteur, monteur, réalisateur, motion designer.

Isabelle Rousseau
Et producteur aussi, parce qu’il va s’auto-gérer avec toutes les attentes de toute son équipe marketing des coms qui, eux, ont des attentes qui normalement s’en vont chez l’externe avec des seniors. Fait que c’est là, je dirais que c’est à faire attention. Puis aussi, comme on parlait, c’est de voir au niveau de tes besoins, au niveau de ton contenu. Oui, c’est une chose de nourrir les réseaux sociaux. Ça en est une autre. Est-ce que tu as besoin de faire un balado? À chaque semaine, qui va nourrir ton spécialiste créat. Je te dirais que c’est vraiment quelque chose à planifier et à évaluer beaucoup aussi, tant au niveau monétaire qu’au niveau des attentes et gestion de risque.

Alexandre Gravel
Tu sais, je pense qu’il y a deux mots dans ta réponse. Je retiens deux choses. Une chose, c’est un, l’aspect de la séniorité. Donc, on parlait de junior versus senior. Il y a des ressources intermédiaires aussi. Fait que ça, ça vient sur le… Tu sais, des fois, on va en parler tantôt, comment on démarre une agence ou un studio interne, mais tu sais, des fois, on ne va pas nécessairement avoir tous les cordons de la bourse ouverts pour aller chercher justement les Top Gun, les Kingpin et tout, on va falloir faire peut-être en tant que gestionnaire ou dirigeant d’équipe com, d’équipe marketing ou autre, de faire ses preuves sur l’internalisation pour pouvoir par la suite faire des mises à niveau. Il y a, oui, l’aspect de la séniorité. Puis l’autre aspect, c’est la motivation.

Alexandre Gravel
C’est que, oui, si tu a justement une ressource très, très, très expérimentée, très senior, ou même une ressource qui est plus en début de carrière, par exemple. Tu dois motiver ces gens-là, les garder engagés aussi, donc il y a l’aspect du taux d’occupation, il faut que je les occupe, ça revient au volume dont tu parlais il y a un instant. Puis faut que je leur donne, faut que j’essaie en tant que dirigeant et gestionnaire de donner des choses qui sont motivantes, des choses qui sont intéressantes. Donc il y a cet aspect-là aussi à considérer, de dire j’ai peut-être des attentes pour avoir des gens hyper seniors, mais la job que j’ai à faire est pas super le fun.

Alexandre Gravel
Fait que j’étais capable de m’en sortir avec un partenaire externe dans le passé, mais maintenant, le désavantage que j’ai de faire ça, c’est que je dois maintenant garder cette équipe-là engagée comme n’importe quel employé. Mais souvent, Puis on le sait, puis on en a déjà parlé, des gens comme nous, des gens d’agence, puis des collègues d’agence, c’est des drôles de bébites, des fois. Fait que ça, on les gère pas, j’aime pas le mot « gérer », là, mais on travaille pas avec ces gens-là de la même façon sur une longue période. Puis ça, je pense que c’est pas tant un désavantage qu’un yellow flag, un drapeau jaune. Oui, attention à ça.

Isabelle Rousseau
Attention, parce que c’est ça, il faut que tu les nourrisses, puis il faut qu’ils sentent valorisés aussi. Fait que c’est là que, à un moment donné… Puis tu sais, c’est très… Le casting, là, dans une production, je trouve que c’est une des affaires qui est la plus difficile. Tu sais, d’avoir la bonne personne qui a les bons…

Alexandre Gravel
Le casting de l’équipe, dans ce cas-ci, tu veux dire.

Isabelle Rousseau
De l’équipe, c’est ça. Que ça soit dans tous les niveaux. Fait que chacun on a, chaque personne en fait a une sensibilité propre, des capacités mettons plus ou plus dans une catégorie versus l’autre. Souvent l’internisation c’est comme on parlait de la licorne qui devient un généraliste plus qu’un spécialiste Puis des fois, mais tous ces chapeaux-là, ils en contrôlent quelques-uns, mais d’autres moins, sauf qu’encore, on revient aux attentes. Fait que cette personne-là peut sentir vite, vite dévalorisée, quand elle était super bonne dans un autre poste qui était, disons, mettons, comme un graphiste.

Alexandre Gravel
Oui, qui était plus… Dans sa job.

Isabelle Rousseau
De base, oui, c’est ça, t’sais. Fait que c’est encore, c’est le… Ouais, le yéloflag.

Alexandre Gravel
Bon. Fait qu’on a couvert la définition. On a parlé de ce qu’on voulait dire par cette idée de studio interne ou d’agence interne. On vient de regarder un petit peu les avantages. On vient de regarder un petit peu les désavantages ou les challenges. On pourrait le voir de cette façon-là. Le quatrième point qu’on avait, qu’on a à l’horaire, c’est la notion des modèles. C’est quoi les différentes structures d’équipes internes qu’on a vues, qu’on voit ou qui sont possibles justement chez les marques? Ce qu’on appelle affectueusement quand on est en agence, c’est du côté client. C’est quoi les modèles que toi tu as vus ou que tu vois?

Isabelle Rousseau
En fait, le modèle, je pense, de base, celui qui a parti les studios à l’interne, on en discutait, c’est d’avoir l’exécution à l’interne et tout ce qui est la réflexion stratégique, appelons-le ça comme ça, et la création, la réflexion stratégique création à l’externe. Fait qu’on pense encore à un modèle standard d’agence publicitaire, mais de toute l’internisation au niveau de l’exécution. C’est un modèle où tu exécutes basé sur une réflexion annuelle donnée par des spécialistes que tu engages. Après ça, tu as aussi l’exécution externe mais avec des partenaires choisis.

Alexandre Gravel
Oui, avec des partenaires, avec des employés internes qui seraient… Plus ni contraire, en.

Isabelle Rousseau
Fait, fait que t’as ta base interne, c’est ta base créative, c’est ta base stratégique et que, fait qu’en fait, vraiment le pendant de l’autre, c’est que tu crées annuellement ta grande campagne stratégique basée sur ton plan stratégique, mais tu fais l’exécution à l’externe au niveau, c’est ça, que ça soit linguistique, que ça soit application de cliquenaison, etc. Oui, puis celui-là.

Alexandre Gravel
Je le verrais dans une situation où on a une marque qui a des hautes variations de volume. On en parlait juste avant dans les challenges ou les défis de créer une équipe interne, c’est de garder les gens occupés. Mais si une marque a, par exemple, dans sa structure ou saisonnalité, des réalités où il y a des moments où il y a énormément de production graphique parce qu’il y a beaucoup de PLV ou d’éléments qui doivent aller en point de vente ou autres qui doivent être créés et à d’autres moments, cette expertise-là, il n’y a à peu près aucun besoin.

Alexandre Gravel
On se retrouve dans une situation où il est possible de dire je vais faire mon exécution, mes déclinaisons à l’externe, mais je vais vouloir avoir à l’interne un cercle peut-être beaucoup plus restreint de 2, 3, 4 personnes qui vont être beaucoup plus sur la stratégie, l’idéation, la création, qui va être à l’interne proche de la marque. Donc il peut y avoir des atouts à ce niveau-là, mais avec une exécution audiovisuelle, donc tout ce qui est production vidéo sera à l’externe, tout ce qui est rédaction sera à l’externe, tout ce qui est, on vient de le mentionner, production graphique sera à l’externe, traduction linguistique. Donc on se retourne dans une dynamique inversée. C’est vrai, on en discutait, on cherchait un peu des exemples.

Alexandre Gravel
Il n’y en a pas qui nous venaient en tête, mais c’est sûr que ça existe parce qu’il y a des entreprises puis des marques qui ont cette saisonnalité tellement forte au niveau des besoins que ça se peut qu’il y ait volontairement justement une exécution qui se fasse à l’externe.

Isabelle Rousseau
Mais ce qui m’apporte au troisième modèle où que là tu externalises l’overflow, c’est souvent ça qu’on va voir aussi, c’est que tu as un studio interne qui a une équipe de stratégie, une équipe de conception création, une équipe d’exécution, sauf que dépendamment de la saisonnalité, dépendamment de l’overflow du workload, ils vont externaliser le surplus. Donc ça c’est un modèle qu’on voit quand même beaucoup, auquel nous on répond aussi, on devient des amis collaborateurs mettons dans, ok j’ai plus de place, on est vraiment complet, est-ce que tu peux gérer mon overflow? L’overflow, peu importe, c’est souvent de l’exécution, mais ça peut être aussi jusqu’au niveau de la stratégie.

Alexandre Gravel
La réflexion, il y a déjà une capacité de réflexion à l’interne, mais tout le monde est un petit peu trop proche de l’arbre.

Isabelle Rousseau
Pour des raisons X, Y, Z, des fois c’est des remplacements de congés de maternité, des congés de maladie, des vacances, si on le voit souvent aussi, le pipeline annuel, mais c’est du non. Qu’est-ce qui n’a pas été prévu? Ça va sortir à ce niveau-là, pour ne pas brûler ton studio interne.

Alexandre Gravel
Oui, exact, parce qu’on parlait de motivation, on parlait d’engagement. Si tu te mets à faire travailler tout le monde le week-end ou travailler tout le monde le soir trop longtemps, ça marche pas. D’avoir cette soupape de relève qui peut embarquer aux besoins. Puis ça souvent, les partenaires externes, qu’elles soient des partenaires d’exécution ou des agences, ont cette capacité de gérer justement un volume, ils peuvent scaler un peu plus dans certains cas. Ça, c’est le troisième modèle. Premier modèle, on dit création et idéation à l’externe, équipe d’exécution à l’interne. Deuxième modèle qu’on voit très souvent… Non, c’est celui-là qu’on voit presque pas souvent, mais qui peut exister et qui peut avoir sa raison d’être. Création stratégique à l’interne, mais exécution à l’externe. Troisième modèle, on a une belle équipe, mais limitée en termes de capacité. À certains moments, il y a de l’overflow qui sort.

Alexandre Gravel
Puis tu as un quatrième modèle aussi.

Isabelle Rousseau
Le quatrième modèle de production, appelons-le les productions ERO ou les projets spéciaux, disons ça comme ça, qui nécessite des expertises qui ne sont pas à l’interne. Ça fait que moi j’en ai souvent, ça va être des productions plus high-end qui requièrent une production plus élevée tant au niveau des coûts monétaires, du personnel employé, la réalisation des skills qui pensent à du 3D, du vrai 3D.

Alexandre Gravel
Je trouve que tu fais ça tous les jours.

Isabelle Rousseau
Exactement. Fait que c’est vraiment des projets spéciaux comme ça que tu vas sortir avec un partenaire. Puis ça, c’est un modèle qui peut devenir hybride aussi. Tu peux sortir une certaine, mettons, certains moments de cette production-là, mais ramener toutes les déclinaisons pour faire parler de cette production-là, ce qu’on appelle la découvrabilité. Ça peut devenir un genre de modèle hybride où je mets à l’externe tout ce qui est, je parle encore de production audiovisuelle, un réalisateur, l’équipe de production qui va tourner, mais moi à l’interne, parce que je sais que j’ai un bon monteur, j’ai des bons graphismes, je vais m’occuper de tout ce qui est le montage sous supervision du réalisateur qui lui va être externe. Et de toute l’application après ça de l’habillement graphique qui va être sur ta vidéo. Des fois, ça peut varier comme ça.

Isabelle Rousseau
L’idée, c’est tout le temps de maximiser tes ressources et de les mettre idéalement le plus possible sur ces projets spéciaux-là parce que ça, c’est les projets Noël, c’est les projets bonbons.

Alexandre Gravel
Ben, c’est ça. Pis là, tu parles vraiment d’un autre drapeau jaune. Tu sais, si tous tes projets de fun, tes belles campagnes, le fun et tout, s’en vont à l’externe, chez des partenaires externes, pis la gang à l’interne se retrouve avec les affaires un peu plus, je vais dire, ordinaires ou quotidiennes….

Isabelle Rousseau
Ben, ça se peut que ton bon là, qui est à l’interne, il va dire « Hey, ciao, moi je m’en vais à l’externe pour venir en contrat à l’interne.

Alexandre Gravel
» « Je vais aller travailler chez le producteur ou l’agence, puis tu m’embaucheras, je connais la marque. » En tout cas, ça, ça ferait des drôles de porte-tournante, mais bon.

Isabelle Rousseau
Ben, ça l’arrive souvent parce que l’autre, c’est red… Celui-là, il est quand même assez red, c’est de sous-estimer les équipes internes. Parce que souvent, tu vois les engager dans un rôle junior, ils vont, tu sais, ils vont grandir, ils vont se perfectionner, ils vont avoir peu d’expérience, mais t’hésites tout le temps à les mettre, tu sais, juste un petit peu poste au-dessus, pis tu vas voir si t’as un besoin de poste au-dessus, tu vas voir des fois, souvent, malheureusement, le réflexe d’aller chercher une ressource externe, une nouvelle ressource pour l’engager au lieu de faire monter tes gens. Fait que ça aussi, ça peut devenir… C’est ça. Tu peux perdre des bons joueurs de cette façon-là, puis comme employeur, tu veux garder ton équipe motivée et la voir grandir.

Isabelle Rousseau
C’est tout le temps cette espèce de réflexion sur est-ce qu’il y a la capacité d’être un petit peu plus? Est-ce que je prends la chance peut-être d’avoir une production un petit peu moins belle ou en tout cas efficace au niveau de la communication pendant quelques temps de rodage?

Alexandre Gravel
Oui, le résultat peut être le même, mais ça va demander un petit peu plus d’efforts. Il va y avoir plus de « attends, je vais essayer, je vais y arriver », etc. Ça fait que c’est pas la même chose, mais oui, c’est vrai, la question doit souvent être posée, puis il faut que les leaders se la posent.

Isabelle Rousseau
Oui, c’est pas facile à répondre, parce que tant que tu l’as pas essayé, tu le sais pas. Ou en tout cas, pour vrai, tu peux avoir des doutes, tu peux avoir des feelings, mais c’est pas une vérité infuse.

Alexandre Gravel
Puis c’est vrai qu’il y a une dynamique très différente dans la gestion d’un partenaire externe versus la gestion d’une ressource en interne, dans le sens que lorsque on est un dirigeant ou un gestionnaire qui s’est habitué à être avec des ressources externes, on accepte plus ou moins les erreurs. Tandis que dès qu’on commence à gérer des équipes internes qu’on veut faire grandir, qui immanquablement pour les gardiens engagés doivent évoluer, il faut accepter cette notion d’erreur ou d’expérimentation que la personne ou les personnes ou l’équipe va faire.

Alexandre Gravel
Il y a un vieux dicton qu’on a longtemps dit ici, c’est «only new mistakes», ce qui veut dire que on accepte le fait de pouvoir faire des erreurs, on accepte l’expérimentation, on accepte la recherche et le développement, appelons-le comme ça, mais assurons-nous d’apprendre, mais ça, cette posture-là est très différente pour une directrice, un directeur, un VP, une VP qui se doit de livrer, là, en termes de com, en termes de marketing, en termes de marque employeur ou de marque et donc comment on fait ça?

Isabelle Rousseau
Dans un espace-temps très très très restreint parce qu’on n’a plus le luxe du temps maintenant en communication. Il faut qu’on soit réactif, il y a des campagnes mais même ces campagnes-là, l’espace-temps de production est tellement rendu court que pour toutes sortes de raisons, dont les frais, c’est que ça ne te donne pas beaucoup de temps de rodage, je te dirais, avant d’avoir quelqu’un qui fait « Hey, mais là, je pense que ça fonctionnait vraiment mieux avec des partenaires externes. Est-ce que c’est vraiment une bonne idée avec tout l’argent qu’on a investi? » Il y a ça aussi, il y a ces attentes-là. Si on veut des résultats rapides, Oui.

Alexandre Gravel
Pis t’sais, y’en a qui peuvent penser, parce que nous, les deux, on a une posture d’agence, ici, on est une agence ici, y’en a qui peuvent se demander « Mais pourquoi vous parlez de ce sujet-là publiquement? Vous êtes pas en train de vous nuire? » Ben nous, on le voit pas, j’aurais pu faire la parenthèse en ouverture, mais on y croit à cette internalisation-là, on sait que pour certains types de projets, certains types d’expertise, certaines configurations de marques, c’est tellement plus logique, c’est tellement ce qu’il faut, que nous, on devient, puis on prend la posture, soit du support, on en parlait dans les modèles il y a un instant, mais, tu sais, c’est…

Alexandre Gravel
Oui, on met des red flags, on parle de red flags, yellow flags et tout, mais ultimement, il y a beaucoup de green flags aussi, il y a beaucoup de bonnes raisons de le faire, quand tu parlais des avantages. Tantôt, et on y croit. Parce que cette pression-là du temps, cette pression-là des budgets, cette pression-là du contexte dans lequel on évolue, ça devient super important d’avoir la meilleure configuration possible.

Isabelle Rousseau
Puis moi, je me vois souvent comme des collaborateurs ou des extensions d’eux, t’sais. Fait que justement, comme un collaborateur ou un grand frère, peu importe, ça va me faire vraiment tout le temps plaisir, moi, de donner des conseils puis de dire « ben, t’sais, j’aurais fait ça du haut de mes 30 ans d’expérience, moi, je te suggère de faire ça, ou justement devenir des collaborateurs. Donc, ce qui nous coupe, c’est peut-être des bandes qui, de toute façon, on n’aurait pas nécessairement été optimale à les faire. Là, je parle, mettons, je pense toujours aux réseaux sociaux ou à tout ce qui est déclinaison. Je ne pense pas que notre grande force, nous, c’est tout ce qui est stratégie ou de la réflexion de contenu qui aurait réellement une valeur. Pas que les réseaux sociaux n’ont pas de valeur ajoutée, mais une valeur ajoutée, mettons…

Alexandre Gravel
Mais t’as raison dans l’exécution, on le sait, ouvertement et de façon transparente. C’est pas facile pour certaines configurations de partenaires externes, d’agences externes un peu comme nous, d’avoir cette agilité-là, cette capacité, des fois très rapide, dans la même journée, de faire quelque chose. Il y a une opportunité, on embâcle-tu, on embâcle-tu pas? C’est une configuration particulière, il y a des très bonnes agences qui le font, mais on a vu aussi des très belles choses qui se font grâce à des équipes internes et des ressources à l’interne qui développent leur expertise, leur talent sur cette approche-là.

Isabelle Rousseau
Puis je pense que, tu sais, l’idée, c’est encore dans un concept de collaborateur, c’est pas de se mettre la tête dans le sable puis de dire « non, vous y arriverez pas », quand de toute façon tu sens cette volonté-là, donc tant qu’à l’avoir, cette volonté-là, qui devient de plus en plus présente, mais c’est comment en profiter et s’installer en mode collaboration et non pas « je fais semblant que ça n’existe pas ». C’est un peu ce point de vue-là. Je ne dis pas qu’on n’est pas capable d’être super agressif, on l’est capable, mais ça va fort apparaître que selon un moment donné les budgets ne seraient jamais moins chers une ressource interne fait que c’est là qu’à un moment donné il y a comme cette réalité là de travailler dans des enveloppes budgétaires.

Isabelle Rousseau
Bon ben regarde ces sous là où fait des économies et à ce moment là met plus de sous avec des collaborateurs amis qui vont avoir autant à coeur en fait de développer ta marque.

Alexandre Gravel
Oui, oui. Puis justement, dans ces choix-là, de qu’est-ce qu’on internalise, qu’est-ce qu’il y a besoin d’agilité et tout, il y a un mot qu’on entend souvent, nous autres, parce qu’on nous appelle beaucoup pour ça aussi, c’est « est-ce que je devrais me bâtir un studio physique aussi? » Tu sais, on parle de studio tantôt, mais il y a peut-être bien du monde qui voyait des caméras et des lumières, mais clairement, dans la dernière demi-heure, on a parlé de plein d’autres affaires. Mais il y a le mot « studio » qui donne le goût aux gens de penser à éclairage, lumière, micro, caméra. Qu’est-ce que tu vois de ce côté-là? C’est quoi que ça prend ou c’est quoi les réalités, les défis liés à « je me construis quelque chose dans mes bureaux »?

Isabelle Rousseau
Les ressources qui vont manipuler. C’est une chose, si tout le monde est capable de faire de la photo avec, mettons, son appareil, son iPhone pour ne pas nommer la marque, je rajoute quelques fils, mais ça ne veut pas dire que tu es un bon photographe, que tu vas nécessairement être un bon réalisateur. Donc, manier physiquement les appareils au niveau technique, c’est une chose. Mais ce n’est pas pour rien qu’on engage des DOP, qu’on engage un directeur photo, qu’on engage un réalisateur, qu’on engage un technicien sonore. Tous ces trois postes-là, mettons, avec tout ce que ça peut décliner, Ça fait 20 ans qu’ils travaillent là-dedans et qu’ils connaissent exactement la lumière. Un studio, on a des belles fenêtres ici, la lumière est super belle.

Isabelle Rousseau
Sauf que ça se peut que la façon dont je positionne ma caméra, j’ai pas une j’ai pas un beau skin tone, mon arrière-plan est complètement brûlé, on voit rien parce que le soleil est trop fort. Fait qu’il y a tout ce knowledge-là qu’il faut le savoir, mais plus que ça, c’est que c’est une chose filmée, mais encore faut-il bien s’en servir. Puis ça, faire un montage qui a du rythme, qui est intelligent, qui dénote, mettons, qui sert au contenu, c’est un autre exercice. Fait que souvent, c’est que ça va être la même personne, ce qu’on appelle la fameuse icône ou le canis suisse, c’est de trouver est-ce que c’est une personne qui est capable de faire autant de techniciens, autant qu’elle a cette sensibilité-là, cet intérêt-là, mais qui a aussi cette tête créative et qui est bonne en contenu ou en storytelling.

Isabelle Rousseau
C’est un rite. Fait qu’il faut la trouver, cette ressource-là, pis ils sont quand même rares. Fait que là, après ça, c’est aussi, si on la trouve, pis elle porte tous ses chapeaux, alléluia, mais si cette personne-là s’en va en vacances, ou part, ou peu importe, quitte, ben là, tu vas encore te retrouver avec un studio vide. Fait que c’est aussi trainer plus qu’une personne qui a toute cette sensibilité-là. Fait que c’est là que ça devient quand même un peu un challenge. Encore là, tout dépend des attentes de ta production. Est-ce que tu peux vivre avec une lumière qui est un peu up, avec un montage qui est peut-être moins optimal, avec un habillage graphique qui va être un petit peu moins design, puis quelque chose qu’on dit vraiment ça coche, parce que c’est ça. Fait que c’est là, tu sais, ton niveau.

Isabelle Rousseau
Puis des fois, on n’a pas besoin non plus de contenu qui soit tout le temps parfait, puis on revient encore avec l’overflow, On peut avoir cette base-là qui produit, qu’au niveau du contenu c’est top, mais au niveau de l’enveloppe c’est peut-être moins, puis qu’à ce moment-là on va chercher des ressources s’il y a lieu pour des productions un petit peu plus de haut niveau.

Alexandre Gravel
Puis c’est intéressant ce que tu soulèves parce que on pense souvent que, hey, on a plein d’idées, puis on pourrait tourner des affaires super souvent avec l’équipe, avec tout ça. Un, check. Deux, hey, c’est pas cher, on peut aller sur B&H ou un peu Amazon, puis aller un peu chez Gosselin, puis on va acheter un peu l’équipement, check. Mais le troisième, c’est l’exécution. Mettre la switch à on, puis s’assurer qu’on peut enregistrer, tourner, shooter. Il y a cet aspect-là qui est des fois un peu… dont on oublie, puis on revient à notre équipe, notre engagement, la motivation et tout. Il y a quelque chose d’important là-dedans. Parce qu’il y a des studios, puis des caméras achetées qui ne sont pas utilisées. On le sait qu’il y en a un petit peu partout, qui traînent dans… chez les clients, si on veut.

Isabelle Rousseau
Et ce n’est pas juste d’acheter la caméra, tout ton studio, puis après ça, de lire le manuel d’instruction, comment ça fonctionne. Mais après ça, c’est de se créer une structure, se créer un processus d’utilisation, pour pas que tes caméras, parce que ça coûte cher, bien là, il y a une personne, puis il y a plusieurs personnes qui vont passer par ton studio. Fait que, OK, est-ce que j’ai un processus de rangement, d’application, OK, les cartes mémoires. Après ça, ça peut aller aussi jusqu’à, OK, un coup que j’ai tourné, Est-ce que j’ai un serveur assez puissant pour héberger tout ce matériel-là? Est-ce que j’ai un processus d’archivage? Après, est-ce que j’ai des ordinateurs assez puissants pour pouvoir monter du contenu qui va au bout de la ligne peu pesé jusqu’à des gigs?

Isabelle Rousseau
Fait que, t’sais, c’est pas juste de, OK, go, on se part un studio. Il y a vraiment une grande réflexion, en fait, à avoir qui va jusqu’à l’archivage, là, tout ce processus-là.

Alexandre Gravel
Pis c’est là que c’est… mais c’est possible d’avoir, pis je veux quand même mentionner à tous ceux qui écoutent que ça peut être relativement simple aussi, mais faut juste s’assurer de s’être posé les bonnes questions, pis je pense que c’est ça. Qui est important pour avoir choisi le bon équipement, par exemple, de s’assurer qu’on a les différentes expertises ou des gens intéressés aussi à l’interne. Ça, c’est la clé aussi, là. Juste des gens intéressés, des fois, ça peut faire lever la chose puis bien fonctionner.

Isabelle Rousseau
— Ça fait toute la différence.

Alexandre Gravel
— Oui.

Isabelle Rousseau
Puis… — Tes besoins, tu sais quoi tes besoins de contenu.

Alexandre Gravel
— Exact. Dernier point. Qu’on avait, parce que je voulais absolument qu’on aborde la notion du studio physique. Dernier point sur la liste, sur la belle feuille que j’ai ici, c’est, mettons quelqu’un là, un gestionnaire, un dirigeant, une vice-présidence marketing ou com, se dit ok, moi je pense qu’il faut se mettre là-dedans, comment est-ce qu’on commence? Qu’est-ce qu’on fait comme première étape selon toi?

Isabelle Rousseau
D’appeler Toast!

Alexandre Gravel
Mais pourquoi à ce moment-là? Ok, peut-être appeler Toast ou appeler un autre partenaire et tout, mais…

Isabelle Rousseau
En fait, je rigole, mais c’est pas vrai d’appeler une compagnie, ou en tout cas d’appeler une personne ou une compagnie, peu importe, qui a cette expertise-là et qui va pouvoir, tel un mentor, t’épauler. En te posant toutes les questions qu’on a un peu abordées. C’est quoi ton budget? C’est quoi ton degré de besoin? C’est quoi et à quelle intensité? Est-ce qu’on parle de besoin de contenu quotidien? Est-ce qu’on parle mensuel? Peu importe. On parle de quel besoin? Est-ce que c’est audiovisuel ou de graphisme? Se mettre en lien avec un partenaire qui va poser toutes ces questions-là, un peu comme un brief finalement, et qui va revenir en fonction de tout ton carré de sable, avec une proposition, et après ça, t’es pôlé. Moi, je pense qu’être pôlé, c’est autant construire le studio avec ce mentor-là.

Isabelle Rousseau
OK, bon, ben voici comment je te placerais le studio au niveau de l’équipement. Mais après ça, t’es pôlé.

Alexandre Gravel
Voici les descriptions de tâches des gens embauchés. Voici ce que tu devrais afficher sur Indeed ou peu importe le job board que l’entreprise utilise.

Isabelle Rousseau
Si tu n’as pas ces ressources-là internes, effectivement. Et un coup qu’on a les ressources qui sont à l’emploi, c’est de suivre des formations, en fait. Et ça, c’est vraiment nécessaire que tes employés, pour faire la formation, ils doivent en bon français avoir gossé avec l’équipement pour pouvoir identifier, OK, c’est quoi les besoins réels et criants, puis après ça, se faire une stratégie de formation. Est-ce qu’on a besoin de quatre formations? De six formations et quel genre de formation? On étudie une formation technique, une formation de brief? Comment on approche chaque contenu ou une formation de montage, de création, de stratégie? Ça peut être assez divers.

Alexandre Gravel
Oui, pis c’est vrai, ton exemple que tu mentionnes juste là, c’est un exemple qui est basé, mettons, sur un studio physique, mais c’est évidemment tout aussi vrai pour un rédacteur ou une rédactrice qui est embauchée, un coordonnateur, coordonnatrice chargée de projet, c’est des gens qu’on va vouloir, pis oui, les organisations ont un département de ressources humaines, pis de talent, culture et talent, qui fait en sorte qu’il y a justement la capacité pour tous les talents dans une organisation, de se former, d’évoluer dans leur carrière et tout, mais c’est hyper important aussi avec les bibittes dont on parlait tantôt, les bibittes de création puis de créativité puis de communication, de marketing, de publicité, toutes ces bibittes-là, on veut justement s’assurer qu’elles sont motivées, engagées et qu’elles puissent évoluer.

Alexandre Gravel
Moi, c’est quelque chose que j’emmarque qui est absolument vrai chez à peu près tous les gens qui sont passés par ici, chez Toast, chez Espresso et autres. C’est des gens qui veulent évoluer. Il y a, oui certes, des gens qui sont des fois bien dans un rôle puis qui vont vouloir profiter de ce rôle-là pendant le plus longtemps possible, mais il y a une grande proportion qui peut des fois être une nouvelle typologie d’employé ou de collègue qui devient nouvellement nommé dans une entreprise qui n’avait pas ce type de gens-là préalablement, qui vont demander justement un petit peu plus d’attention. Que dans le passé.

Alexandre Gravel
Quand on crée justement un studio interne ou une agence interne, il y a aussi d’évaluer puis de regarder le contexte dans lequel cette personne-là va travailler et puis de regarder est-ce que j’ai tout ce qu’il faut pour que cette personne-là puisse être, ces personnes aussi s’il y en a plusieurs, soient les meilleures versions d’eux-mêmes.

Isabelle Rousseau
Puis il ne faut pas oublier que le temps qu’elles vont mettre sur le nouveau studio de création, leur job qu’elles faisaient de base au quotidien, ne sera pas servi. Fait que là, ça devient une espèce de jeu aussi de, ok, cette personne-là devient ma nouvelle ressource studio, mais pendant qu’elle est ma nouvelle ressource studio, moi j’ai un trou ici qui n’est pas comblé. À moins que cette personne-là… Il y.

Alexandre Gravel
A des gens qui se déplacent justement à l’intérieur même du bureau et de l’agence interne, il y a des gens qui se déplacent et qui vont passer à des nouveaux rôles. On parlait tantôt de l’évolution, tu as mentionné l’évolution, quels sont les besoins de base, des fois c’est en phase, des choses comme ça, mais de dire j’ai peut-être déjà quelqu’un à l’interne qui va pouvoir devenir ma nouvelle ressource pour la phase 2, mais comme tu dis si c’est dans ma phase 2, je me construis un espace pour faire des tournages, bien j’ai la personne qui était déjà à l’interne qui est plus dans la chaise qu’elle était avant. Donc il y a une rotation qui s’installe, une évolution. Non, il y a beaucoup de… Il y a beaucoup de…

Isabelle Rousseau
C’est là que ça devient des réflexions budgétaires aussi. Tu sais, outre l’image de marque, on en revient tout le temps à là, c’est qu’à un moment donné, est-ce que je gagne sur un pari à long terme d’interne analysée ou « Finalement, ça va me coûter au bout de la ligne. Ça paraît cher, mais peut-être que ça va me coûter moins cher de tout ça. » Il n’y a pas de bonne réponse à ça. Je pense que c’est vraiment une grande réflexion qui doit se faire avec une vision qui remplit toutes les cases des questions qu’on pourrait demander, en fait.

Alexandre Gravel
Je pense que c’était la conclusion parfaite à notre conversation sur les studios, l’internalisation, les agences internes. Il y a un vocabulaire qui est très riche derrière ça. Je te remercie. Merci beaucoup d’avoir partagé avec tout le monde un peu ton expérience, ce que tu as vu. Quand même! Puis je pense que, oui, c’est vrai que la lumière est magnifique sur toi ici, pour ceux qui le regarderont, qui le regardent. Donc voilà, merci.

Isabelle Rousseau
Ça va, tu vois, on s’est pas juste installés, hein, on est quand même maîtres de la lumière!

Alexandre Gravel
On a quand même évolué pendant les derniers 45 minutes. Un grand merci, il faudra remettre ça. J’invite Ça fait plaisir! Tous ceux et celles qui peuvent avoir des questions à ce sujet-là. Faites-nous signe, comme vous voyez, on aime beaucoup en discuter, puis ça va nous faire plaisir d’échanger avec vous. Alors, bien Isabelle, à très bientôt, merci, et puis on se revoit bientôt.

Isabelle Rousseau
Merci! Bye!